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Publié par Homme Femme & Identités

 

En ce moment une querelle fait rage: l’enseignement de la théorie du genre serait imposée à l’école.

Il n’est pas exclu qu’il y ait des erreurs, des maladresses à partir de principes mal digérés. Pourtant, c’est simple : la distinction entre sexe et genre signifie que le sexe biologique est ce dont nous héritons à la naissance, à partir de quoi la société et l’éducation construisent des différences de toutes sortes, sociales, psychologiques, mentales, etc... Qu’on nomme « genre »

C’est tout le sens de la fameuse phrase de S. de B : « on ne naît pas femme, on le devient ». Même chose évidemment pour les hommes : ça ne veut pas dire qu’on peut changer de sexe comme on veut, ou choisir entre les deux.

Mais cette formule a une origine. Son origine est dans l’œuvre du grand Erasme, exactement dans son traité d’éducation « De pueris instituendis », « Comme éduquer les enfants » paru en 1519 et traduit en français en 1537. Il dit : « on ne naît pas homme on le devient ». Homme au sens générique: l’homme n’est pas comme un cheval ou un arbre, il doit tout apprendre, et surtout se former. Et cette formation il la reçoit de l’enseignement des livres, et de la culture : c’est le sens au pluriel du mot « humanité » : les humanités, c’est ce qui fait de vous un homme, un être humain. Tel est le point de départ de la Renaissance.

Mais en usant de cette formule, Erasme ne l’inventait pas : il la reprenait en la transformant, d’une autre, datant, elle, des premiers siècles de la chrétienté.

Très exactement celle d’un père de l’église, Tertullien.

Né entre 150 et 160 à Carthage mort en 220 à Carthage, de famille berbère, il se convertit à la fin du IIème siècle. Il écrit alors une « Apologétique », ce qui veut dire « art de défendre et d’expliquer sa position ». Où on peut lire ceci : « il fut un temps où nous riions, comme vous, de ces vérités. Car nous sortons de vos rangs. On ne naît pas chrétien, on le devient. »

L’histoire de cette formule est donc passionnante, car c’est l’histoire d’une série de corrections successives.

Tertullien, Erasme, Beauvoir : tous trois s’opposent à une certaine idée de la « nature humaine ».

Pour Tertullien, la nature de l’homme doit être rachetée par la conversion, le changement radical, se convertir, c’est se tourner vers dieu. Et donc se comporter autrement, se conduire d’une certaine manière.

Pour Erasme, notre « nature » est dans la raison que nous tenons de Dieu. Mais l’humanité de l’homme est à construire, c’est un programme, ce n’est pas une donnée. (Ce qui pourrait inspirer davantage notre système éducatif). La rupture vient de ce qu’il va en confier la tâche à la culture antique, dont Tertullien, le premier, se moquait : qu’importe Platon ou Homère, quand on a dieu ?

Avec S. de B. et sa fameuse formule, l’angle d’attaque est totalement différent. il n’y a plus de « nature humaine » du tout. Il ne s’agit plus d’être racheté par la conversion ou sublimé par les humanités : il s’agit de comprendre que nous sommes le résultat d’une construction. C’est là le premier pas, indispensable, vers notre liberté.

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Anonyme 01/03/2017 20:00

Avec S. de B. et sa fameuse formule, l’angle d’attaque est totalement différent.
Il n’y a plus de « nature humaine » du tout.
Il ne s’agit plus d’être racheté par la conversion ou sublimé par les humanités : il s’agit de comprendre que nous sommes le résultat d’une construction.
C’est là le premier pas, indispensable, vers notre liberté...
Mais laquelle de liberté ? La liberté sexuelle ?