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Publié par Homme culture & identité

 Article paru dans le Monde du 8 mars 2011

La chirurgie, dernier bastion masculin dans une profession médicale de plus en plus ouverte

 

Avec un peu moins de 25% de femmes, la chirurgie demeure un bastion jalousement gardé par les hommes. Encore considérée comme masculine, la discipline a toujours du mal à attirer les jeunes filles au moment des choix de spécialité. La défection de celles-ci, pourtant toujours plus nombreuses aux premières places de l’examen classant national, a même fait reculer le rang limite pour intégrer la filière !

 

Dans un article publié dans la revue Travail, genre et sociétés en 2009 (« Des femmes dans un métier d’hommes : l’apprentissage de la chirurgie »), la sociologue Emmanuelle Zolesio note que le nombre de femmes « croît au fur et à mesure qu’on s’éloigne du bloc opératoire ». Elle rappelle que le chiffre de 25% de femmes en chirurgie prend en compte des spécialités plus médicales, telles que l’ophtalmologie ou l’ORL. La chirurgie viscérale et digestive, la neurochirurgie ou encore l’orthopédie, des spécialités dites de « chirurgie pure », comptent, elles des proportions de femmes bien inférieures, comprises entre 4% et 13%. 

 

Car ces spécialités présentes des conditions de travail difficiles, où il faut sans cesse faire ses preuves… dans un milieu resté très machiste. « Une femme doit toujours travailler plus car elle est soupçonnée de vouloir en faire moins, ou de vouloir s’arrêter pour faire des enfants », explique Emmanuelle Zolesio.

 

Si la discrimination flagrante a disparu, elle a laissé place à des pressions plus subtiles : « Autrefois, certains chefs de services refusaient même d’avoir des femmes dans leurs équipes, menaçant de les empêcher d’opérer si elles persistaient. Maintenant ce sont plus tôt des railleries et des vexations, explique la sociologue, auteure d’une thèse sur le sujet. Le manque de force physique, dans une discipline où il faut parfois rester des heures debout, à tenir un membre en hauteur, est aussi souvent reproché aux femmes.

 

« Pourtant on y arrive bien », fait remarquer le professeur Corinne Vons, spécialiste en chirurgie digestive et viscérale. « Les femmes vont plus vers ce qui leur plaît, même s’il y a des contraintes », raconte le docteur Vons, qui dit avoir choisi la spécialité pour son caractère à la fois intellectuel et manuel.

 

Selon elle la situation est en train de changer, et les hommes acceptent de plus en plus la présence des femmes dans le milieu. « Nous avons eu des promotions d’internes composées de jeunes filles pour plus de la moitié », s’enthousiasme la chirurgienne. Les discriminations ? Il y en a toujours. Surtout au moment de la « bataille pour la promotion ». A certains moments, être une femme revient à être une minorité visible ; nous sommes évaluées que par des hommes. Ils sont contents des filles, car elles sont travailleuses mais elles ne doivent pas devenir menaçantes », remarque-t-elle.

 

Symbole des temps qui changent, Asma (le prénom a été changé), elle, est neurochirurgienne dans un hôpital parisien. Plus jeune que Mme Vons, elle n’a pas eu à faire face aux mêmes obstacles. « C’est vrai que c’est un milieu de machos, et qu’il se serrent les coudes entre eux, mais on est de plus en plus nombreuses et on y arrive », explique la jeune femme. Selon elle, les neurochirurgiens seraient plus respectueux de leurs collègues féminines que d’autres spécialistes.

 

Mais si la situation les jeunes chirurgiennes ne cesse d’évoluer favorablement, le docteur Vons tient à rappeler que la féminisation de la chirurgie n’est pas encore une partie gagnée ».

 

 

 

Analyse des chiffres de cet article :

Distinction entre « spécialités plus médicales » et spécialités de « chirurgie pure »

25% de femmes en chirurgie

4 à 13% de femmes dans les spécialités de « chirurgie pure »

Le chiffre des femmes en « spécialités plus médicales » est laissé sous silence. Quel est-il ? La volonté de la journaliste est de dénoncer un « dernier bastion masculin ». Elle oublie de nous dire que la profession médicale est en passe de devenir une profession majoritairement dominée par les femmes (elles réussissent aujourd’hui mieux le concours de médecine que les hommes).

 

Champ sémiologique

Dernier bastion masculin / bastion jalousement gardé /  machiste / femme soupçonnée de vouloir s’arrêter pour faire des enfants / discrimination / pressions / menaçant / railleries / vexations / discriminations  / bataille / milieu de machos.

Et que pensent les hommes qui travaillent dans ce domaine ? Pourquoi la parole ne leur est-elle pas donnée ? Cet article ne serait-il pas l’expression d’une vision idéologique reposant sur une dialectique de lutte homme/femme ?

 

 

Qui est la sociologue Emmanuelle Zolesio ? Quels sont ses travaux en cours et passés ?

 

Depuis 2008, la grande majorité de ses travaux portent sur la chirurgie. C’est étonnant comme une chercheuse peut à ce point se spécialiser ! A tout le moins cela lui donne visiblement une légitimité reconnue par le journal le Monde… Mis à part le machisme qu’elle dénonce chez les hommes chirurgiens, n’aurait-elle pas trouvé un homme chirurgien favorable aux femmes ? Si oui, elle ne nous le dira pas car tout porte à croire que son propos repose sur une surgénéralisation de la situation : la classe des hommes opprime la classe des femmes. Tel est le message induit par les propos qu’elle tient. Or les choses sont forcément plus subtiles que la caricature qui nous est proposée ici.

 

CV de la sociologue :

 

ATER, Université Lille 3, UFR Sciences de l'Éducation

 

Thèse en cours : Chirurgiens au féminin ? Socialisation professionnelle et dispositions sexuées de femmes chirurgiens digestifs

 

Zolesio (Emmanuelle), « Dispositions “féminines”, dispositions “masculines” », ¿Interrogations?, n° 10, mai 2010, p. 117-126.

 

Zolesio (Emmanuelle), « “Chirurchiennes de garde” et humour “chirurchical”. Posture féminine de surenchère dans l'humour sexuel et scatologique », ¿Interrogations?, n° 8, juin 2009, p. 159-177.

Ce travail illustre la proximité de penser entre la sociologue Emmanuelle Zolesio et les chiennes de garde qui sont l’expression la plus médiatique du féminisme radical à la française.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Des femmes dans un métier d'hommes : l'apprentissage de la chirurgie », Travail Genre et Sociétés, 2009.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Le corps genré des femmes chirurgiens : des difficultés de l'entretien formel à l'évidence de la connivence féminine en situation d'observation », communication à la journée d'étude de la MSH-Paris Nord « Le genre du corps : problèmes méthodologiques », La Plaine Saint Denis, 19 novembre 2009.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Repenser le genre à partir du cas des femmes chirurgiens : de l'identité sexuée au patrimoine de dispositions genrées », communication au colloque international "Genre en mouvement. Conflits, négociations, recompositions", Paris, Université Paris Diderot, 30 septembre/2 octobre 2009.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Des modalités de réponses féminines à la violence symbolique exercée par les hommes en chirurgie », communication au Congrès de l’Association Française de Sociologie, RT24, Paris, 14-17 avril 2009.

Violence, violence, violence : thème cher au féminisme radical victimaire.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Culture professionnelle chirurgicale et rapports sociaux de sexe  », communication au XVIIIème Congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF), Istanbul, 7-11 juillet 2008.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Socialisation professionnelle chirurgicale : une entrée par les femmes  », intervention à la Journée doctorants du RT1 de l'AFS, mai 2008.

 

Zolesio (Emmanuelle), « Trajectoires de femmes chirurgiens : choix de la spécialité et socialisation professionnelle », communication au Séminaire du Master recherche 2, organisé par Université Lyon2, Lyon,  février 2008.

 

 

Le journal Le Monde donne une information critiquable pour son sexisme anti-homme, contre les hommes chirurgiens en l’espèce. Le 8 mars, journée de la femme, c’est une information bien orientée que nous délivre ce journal qui est la référence journalistique dans les milieux politiques parisiens. Espérons que la mise en perspective de cet article donnera une meilleure compréhension de l’orientation militante qui est ici donnée lorsque l’on traite les sacro-saintes questions de l’égalité homme-femme. Il convient ici de rappeler qu’aujourd’hui la majorité des étudiants en  médecine sont des jeunes femmes et qu’une juste mise en perspective des choses imposerait que l’on évoque cela au lien de focaliser le lecteur sur le « dernier bastion ». On nous montre l’arbre pour mieux cacher la forêt.


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