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Publié par Homme Culture & Identité

NB : cette tribune date de 2011 mais reste une analyse aussi pertinente qu'intéressante sur le féminisme du gender de Mme de Hass (qui travaille actuellement au Ministère des Droits des Femmes)

 

Le Monde.fr | 26.08.2011 à 09h40 • Mis à jour le 26.08.2011 à 09h42 | Par François-Xavier Bellamy et Normalien (agrégé de philosophie, professeur en lycée, adjoint au maire de Versailles(sans étiquette))

 

Caroline de Haas nous offre, dans une tribune parue récemment dans le Monde.fr, une longue et laborieuse argumentation destinée à écraser définitivement les derniers "sursauts réactionnaires" - entendez par là l'opinion des malheureux catholiques qui n'ont pas la chance de penser comme elle. Désormais, c'est l'Eglise qu'on met à l'index, avec une rhétorique digne des plus belles caricatures de l'Inquisition. Le sous-titre de cet écrit - "Existe-t-il des pseudo-essences féminine ou masculine ?" - annonce parfaitement l'ouverture intellectuelle de la discussion qu'il propose. Quand une question contient autant sa propre réponse, on croirait lire un petit catéchisme totalitaire...


Mais ne nous arrêtons pas à la forme, qui est plus maladroite sans doute que réellement méchante. Comme l'auteur le remarque elle-même, l'enjeu dépasse largement l'opinion des "catholiques de droite." Cette tribune est réellement intéressante pour ce qu'elle révèle d'une confusion fondamentale qui pèse largement sur ces débats de genre. Caroline de Haas veut lutter pour l'égalité de l'homme et de la femme ; combat légitime s'il en est, nécessaire, urgent même, et auquel tout être humain qui n'est pas totalement aveugle ou barbare ne peut que s'associer. Considérer que l'un des deux sexes soit supérieur à l'autre (quel qu'il soit – et combien de fois je me suis senti, en tant qu'homme, ravalé au rang d'être inférieur, primaire, violent, obsédé et dominateur, par des féministes emportées par leur sainte colère !), c'est incontestablement à la fois une erreur objective et une faute morale grave.

Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l'établir définitivement, confondre cette égalité indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n'est pas inférieure à l'homme, s'évertuer à démontrer qu'elle n'est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l'homme n'est pas une femme, la femme n'est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu'elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu'elle est, sans chercher à la nier ? On condamnerait à raison une entreprise qui, pour exploiter une nappe de pétrole, chercherait à cacher l'existence des différentes espèces qu'elle mettrait en danger ; de la même façon, poursuivre le projet politique de l'homoparentalité, par exemple, n'autorise personne à nier la réalité naturelle de la différence sexuelle. Oui, l'homme est la femme sont différents ; ne soyons pas indifférents à cette dualité essentielle de notre nature, sachons au contraire l'apprivoiser, l'aimer, comme nous apprenons à respecter et à admirer la nature telle qu'elle est.


Egalité ne veut pas dire nécessairement identité ; pour tomber dans cette confusion élémentaire, Caroline de Haas fragilise son beau combat, et tombe souvent à côté de la plaque. Elle veut prouver que nous avons les mêmes cerveaux, également réceptifs à la culture ambiante ; personne n'en doute... Mais nous ne sommes pas que des cerveaux ! L'être humain est un corps, doté de sa part d'animalité, d'instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l'homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? Et de même que la biodiversité est reconnue comme un patrimoine à protéger, pourquoi ne pas regarder cette différence comme un trésor à protéger et à découvrir ?


Reconnaître l'évidence biologique, et l'expérience psychologique, de la différence des sexes, n'empêche pas d'affirmer leur égalité, bien au contraire. Méfions-nous : le combat du gender pour affirmer une identité illusoire pourrait bien constituer, par une ruse de l'histoire, la victoire paradoxale de la phallocratie, et apporter une réussite encore jamais atteinte aux forces d'aliénation de la femme. Lorsque le féminisme en vient à nier l'existence de la femme, on est en droit de se demander qui y gagne dans son long et légitime combat. Lorsque Caroline de Haas exige que la femme soit considérée comme identique à l'homme, elle renonce à construire un modèle d'individualité propre, autonome, et se laisse finalement aliéner par le modèle masculin, succombant à l'ancestrale prédominance qu'elle dénonce. La liberté de la femme ne consiste pas à ne pas pouvoir être elle-même !


Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. Dans l'un et l'autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l'être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu'il nous appartient d'apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres !

 

François-Xavier Bellamy et Normalien (agrégé de philosophie, professeur en lycée, adjoint au maire de Versailles(sans étiquette))

 

 

 

NB : voici la tribune de Madame de Haas (ex-présidente d'Osez le Féminisme). Il convient de souligner que les travaux de Mme Vidal qui sont cités ici ont été magistralement contestés par le Professeur Simon Baron Cohen et le documentaire norvégien de Harald Eia (ous les deux en bonne place sur le site de HCI, les liens sont dans la colonne de droite sur notre site).

 

Théorie du genre, homoparentalité : ces ultimes sursauts réactionnaires

Le Monde.fr | 24.08.2011 à 09h05 • Mis à jour le 24.08.2011 à 09h06 | Par Caroline De Haas (chargée des droits des femmes dans l'équipe de campagne de Martine Aubry)

 

Nous avons eu droit pour ce début de l'été à deux temps forts de la réaction : une mobilisation des associations catholiques contre l'introduction dans les manuels scolaires de la théorie du genre et un rapport de députés UMP contre le mariage homosexuel et l'homoparentalité.


Dans les deux cas, les vieux raisonnements homophobes (chute de la natalité, dépravation, diffusion de maladies…) ne sont quasiment plus utilisés. Ils apparaîtraient sans doute comme complètement à côté de la plaque face à la réalité de notre société : familles recomposées, famille monoparentales, familles homoparentales. Ces arguments écartés, reste dans leurs écrits le raisonnement fondamental : la théorie du genre comme l'homoparentalité remettent en cause cette représentation ancestrale que les femmes et les hommes disposeraient chacun d'une essence propre, qui leur donnerait des caractéristiques spécifiques et surtout complémentaires. Le féminisme et le combat pour la reconnaissance de l'homoparentalité heurtent de plein fouet cet essentialisme.


Le principe de la complémentarité des femmes et des hommes, de l'existence au-delà de nos personnalités propres d'un féminin et d'un masculin desquels nous ne pourrions, ni devrions, nous défaire est sacré car il est consubstantiel de la création divine. Monseigneur Ginoux, évêque de Montauban, le dit d'ailleurs très sincèrement dans une interview récente : "Ce sujet pose les principes d'une société qui, refusant la nature et donc la création, fait de l'être humain son propre créateur". L'enjeu est de taille mais il est loin de se limiter à un échange entre les catholiques de droite et les chercheuses féministes, qui ont répondu à Christine Boutin dans une pétition publiée par l'Institut Emilie du Chatelet. Cette question de l'existence de pseudo essences féminine ou masculine nous concerne en réalité toutes et tous. La déconstruction des rôles sociaux que l'on attribue à chacun des sexes est déterminante pour construire une société d'égalité réelle. C'est d'ailleurs pour cette raison que les rencontres d'été "Féministes en mouvements" organisées par plus de 40 associations féministes début juillet avaient débuté par une plénière intitulée "Femmes – Hommes, du pareil au même ?".


Ces dernières décennies, l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, leurs prises de responsabilités économiques ou politiques – encore insuffisantes comme l'investissement – encore partiel – des hommes dans les tâches ménagères ont participé à une évolution sans précédent les mentalités. Les travaux scientifiques ont permis également de grandes avancées. Ceux de Catherine Vidal, neurobiologiste à l'institut Pasteur, sur le cerveau ont démontré deux choses. Nos cerveaux sont tous différents et rien ne permet de considérer que les caractéristiques propres à chaque sexe sont suffisamment importantes pour avoir des conséquences universelles sur nos comportements, caractères, désirs ou rôles sociaux. Deuxième élément : nos cerveaux sont plastiques. Dès notre naissance, particulièrement pendant l'enfance et jusqu'à notre mort, ils évoluent en fonction de notre éducation, de nos rencontres, de nos études. Et non du fait que nous disposions ou non des chromosomes XX ou XY.

La question essentialiste se pose aujourd'hui pour le sexe mais elle n'est pas très éloignée de celle que l'on pouvait se poser il y a un siècle ou deux sur la couleur de peau. Etre noir ou blanc, être femme ou homme : il s'agit à chaque fois de caractéristiques physiques, inscrites dans nos gènes et dans nos corps. Et c'est justement parce que la gauche considère l'être humain non pas en fonction de ses caractéristiques "naturelles" mais en tant que citoyen à part entière, doué d'une raison, et qu'elle veut garantir la possibilité à chacune et chacun de faire ses propres choix de vie indépendamment de où et comment nous naissons, qu'elle légalisera le mariage et l'adoption pour tous les couples.


Ces mesures seront un pas essentiel pour les droits des homosexuels, qui restent la dernière population de citoyennes et citoyens officiellement discriminés dans les textes de lois, mais ils seront également une avancée pour les droits des femmes et pour l'égalité. En déconstruisant la soi-disant complémentarité des sexes pour construire celle des êtres, on cesse de mettre les femmes et les hommes sur des niveaux différents. Depuis des millénaires, cette différenciation permanente entre le masculin et le féminin, entre les hommes et les femmes, a toujours servi à l'oppression de ces dernières. Ne nions pas les différences entre les êtres, mais devenons indifférents aux différences : nous ferons ainsi un grand pas en avant vers l'égalité.

 

Caroline De Haas (chargée des droits des femmes dans l'équipe de campagne de Martine Aubry)

 

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