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Publié par Homme Femme & Identités

Note de H.C.I : article fort intéressant trouvé sur le site internet du journal suisse LE TEMPS. La misandrie serait-elle en train de devenir un sujet dont on peut librement parler dans les médias ? En Suisse, cela semble être le cas. A quand en France, en Belgique, en Allemagne... est-ce pour bientôt ? Soulignons le fait que l'auteur de cet article est une Anna LIETTI, une femme donc.

 

John Goetelen. Pionnier de la naturopathie, il est coach et thérapeute à Chêne-Bourg. (Véronique Botteron)

 
John Goetelen. Pionnier de la naturopathie, il est coach et thérapeute à Chêne-Bourg. (Véronique Botteron)

John Goetelen dénonce dans un livre la misandrie du féminisme extrême. Portrait d’un pionnier mélancolique

«Il se trouve que je suis un homme assez doux…» Catogan grisonnant, pull orange bouddhique et gestuelle ronde, l’homme vous sourit en sachant fort bien que vous vous demandez s’il ment. Si, sous prétexte de critiquer un certain féminisme radical, comme il le fait dans son dernier livre1, il n’est pas animé par une bonne vieille haine des femmes et par le désir revanchard de les voir retourner à leurs aspirateurs.

 

Mais il n’y a pas trace d’aigreur, ni d’agressivité, chez John Goetelen. Des années 1970, le fondateur de la première Ecole romande de soins naturels a gardé «une aversion pour la domination». A l’époque, porté par l’air frais du printemps féministe, il se souvient d’avoir été, comme d’autres, jusqu’à se sentir coupable d’être un homme. Avant de s’apercevoir que le mâle doux suscite des réactions plus ambivalentes qu’on imagine. «Mon rapport aux femmes est une belle histoire d’amour inachevée», dit-il quelques blessures plus tard, sans nier sa part de responsabilité dans ce rendez-vous suspendu. Mélancolique, oui. Parfois maladroit, probablement. Mais de bonne foi, pour sûr.

 

La dernière fois qu’on vous a parlé de John Goetelen, c’était en 2003 (voir Le Temps du 10 mars 2012): le naturopathe d’origine belge organisait à Genève le premier Congrès mondial de la condition masculine. Une manifestation de bonne tenue, où l’on avait vu des hommes se réunir pour réfléchir ensemble à leur «identité réelle» et développer aussi «de nouvelles manières d’être au masculin» selon les termes du «Manifeste hoministe» qui naîtra du mouvement quelques années plus tard.

 

Où en est-il, ce mouvement? Un deuxième congrès a eu lieu à Montréal en 2005, puis un troisième à Bruxelles en 2008. La France aurait dû accueillir le quatrième, mais John Goetelen et ses compères n’ont pas réussi, jusqu’ici, à y trouver des «partenaires assez fiables»: après un bel envol, l’aile francophone du mouvement des hommes «marque un peu le pas», admet son pionnier.

 

Pourtant: la défense de la condition paternelle n’a-t-elle pas progressé l’an dernier en Suisse avec la reconnaissance de l’autorité parentale conjointe? C’est une «avancée importante», admet l’hoministe genevois. Et pour l’obtenir, les différents groupements de défense de la condition paternelle ont fait un choix stratégique adapté: celui de «la priorité donnée au dialogue consensuel avec les politiciens».

 

Mais toute cette diplomatie, ça ne permet pas d’aller au fond des choses: John Goetelen aspire à «un vrai débat culturel». Sur la question du genre, sur le stéréotype de l’homme violent et bourreau par essence. Sur la «déconstruction du masculin» à l’œuvre dans nos sociétés, qui, dans leur enthousiasme tardif à rendre justice aux valeurs féminines, finissent par valoriser systématiquement ces dernières au détriment d’une virilité de plus en plus suspecte.

 

Le rejet du masculin a sa version «hard», qu’un certain nombre d’auteurs commencent à documenter2: la misandrie, font-ils remarquer, est une idéologie qui s’infiltre dans les mentalités et nous amène notamment à tolérer, contre les hommes, un degré de violence verbale impensable envers d’autres groupes de population. De qui d’autres que les hommes oserait-on écrire, comme Valerie Solanas (citée par Goetelen) qu’ils sont «un accident biologique»? Et l’idée que tout rapport sexuel, même consensuel, constitue un acte de violence contre la femme, ne mérite-t-elle pas une belle bataille d’arguments, un grand débat de société ?

 

Bien des hommes le pensent mais se taisent par «peur de passer pour des réacs et des misogynes», assure l’auteur de Féminista: ras-le-bol! Un livre que l’auteur a voulu «polémique». Il y passe de l’humour provocateur («Les hommes sont parfaits. La preuve? Les femmes veulent faire comme eux») à la dénonciation argumentée (des statistiques biaisées sur la violence conjugale), en passant par la fable outrancière à visée ironique (sa description du jardin des Amazones, nirvana imaginaire de l’endoctrinement sexiste). Le résultat est intéressant mais pas des plus aptes à bétonner la crédibilité de l’auteur: quand est-il sérieux, quand ne l’est-il pas? «Je me suis dit qu’en l’étant trop, je risquais d’être moins audible», explique l’homme de bonne foi.

 

Au détour d’une page, John Goetelen dit avoir traversé l’enfer de la fausse accusation. Sept ans d’instruction après une plainte pour viol, qui ont débouché sur un acquittement sans appel. Mais qui ont laminé son moral et sa clientèle. Sourire brave: «Je suis comme à 20 ans, j’ai une nouvelle vie devant moi…»

 

Après le livre, ce sera un disque. Sur la maquette de travail, une chanson dit: «Il faut savoir marcher dans l’élégance/Du voyageur sur les chemins de l’absence.»

 

Mélancolique, très.

 

1. Féminista: ras-le-bol!
Editions Atypic, 164 p.

 

2. Spreading Misandry. The teaching of contempt for men in popular culture. De Paul Nathanson et Katherine K. Young, McGill-Queen’s University Press, 2001.

 

La misandrie. Histoire et actualité du sexisme anti-hommes, Patrick Guillot, Ed. Ges, 2010. (ce livre peut être commandé sur PriceMinister)

 

Source : http://letemps.ch/Page/Uuid/b83718e2-7779-11e1-8df6-73a7c15ba444|0

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