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Publié par Homme culture & identité

Hommes et femmes face au deuil

Regards croisés sur le chagrin

par Nadine Beauthéac, psychothérapeute,

spécialisée dans l'accompagnement du deuil

édité chez Albin Michel

 

Extraits

 

pages 95 et 96

Les hommes n'aiment pas parler et tout semble indiquer qu'ils n'ont pas besoin de parler autant que les femmes. J'ai pu constater que, dans les groupes d'entraide, les plupart des hommes, au moment de l'évaluation de la douzième réunion, tenait un discours similaire à celui de Marc, papa endeuillé d'un petit garçon de trois ans : "Le groupe a été très important pour moi. J'ai pu, durant cette année de réunions ensemble, apprendre ce qu'étai le deuil, parler de ma souffrance et écouter celle des autres parents. J'ai compris que je n'étais pas seul à éprouver ce que j'éprouve. Mais finalement, seule la première réunion a été importante pour ce que j'avais à soulager comme émotion : raconter la mort de mon enfant comme je n'avais pu le faire à personne jusqu'alors a été capital pour moi. Mais ensuite je n'avais plus rien à dire. J'ai pris la parole de temps en temps pour montrer que je participais, mais cela a été beaucoup plus important pour moi de vous écouter."

J'ai organisé des réunions d'hommes avec le spécialiste canadien du deuil Gilles Deslauriers, dans le cadre associatif : les pères endeuillés étaient conviés à une demi-journée entre hommes. Les taux de satisfaction étaient de 90%, mais les pères ne souhaitaient pas de seconde réunion. "Cela nous a aidés, mais nous avons tout dit, pas la peine d'y revenir une deuxième fois", expliquaient-ils.

 

page 97

Le silence, l'absence de paroles, ne marque pas pour eux une absence de souffrance, mais une volonté de ne pas "en rajouter" dans les tensions qu'ils éprouvent.

 

page 59

Hélène aimerait parler davantage avec son mari de sa souffrance. Comme la plupart des femmes, elle est désorientée de voir l'univers masculin clos dans la souffrance. Alban a besoin, en effet, d'être "tranquille dans sa coquille" pour pouvoir élaborer ses deuils. Parler interfère avec le processus du deuil en lui, comme pour la plupart des hommes.

Souvent à la fin d'une séance de psychothérapie, les femmes endeuillées murmurent en se serrant la main : "Merci, merci, cela me fait du bien de vous parler. Il n'y a personne d'autre à qui je puisse dire tout ça..." C'est Annie qui, dès le premier rendez-vous où je la vois avec son mari, s'engage : "Non, non, je n'ai pas besoin de prendre le temps de réfléchir, je sais que je veux un prochain rendez-vous, j'ai toujours pensé que s'il m'arrivait quelque chose dans ma vie, je verrais quelqu'un. J'ai besoin de parler... J'ai besoin de parler de ce qui est arrivé. Je ne peux pas traverser la mort de mon fils toute seule."

 

page 63

En termes plus scientifiques, on peut dire que le cerveau de la femme est organisé pour utiliser la parole comme principale forme d'expression. Les comparaisons montrent qu'une femme a une palette de 20 000 mots en moyenne par jour, alors que celle des hommes est de 7000. Il faut ajouter à cela les signaux corporels (expressions du visage, de la tête et autres) qui tournent autour de 10 000 pour la femme et de 3 000 pour l'homme.

 

page 68

Les efforts des femmes pour faire parler les hommes, pensent les chercheurs en sciences humaines, ne sont que le résultat d'une manière spécifique de résoudre un problème? Les femmes s'inquiètent parce que, d'une part, elles se pensent rejetées et que, d'autre part, elles croient que tous les êtres humains aiment communiquer et aont besoin de communiquer. Rien n'est moins vrai.

 

Remarques diverses :

Ce livre sera précieux pour celui ou celle qui souhaite approfondir le deuil vécu distinctement par les hommes et par les femmes. On regrettera parfois un parti pris sous-jacent qui valorise plus la posture de la femme par rapport à celle de l'homme.  Peut-être qu'un tel livre pourrait être écrit à quatre mains, par un homme et une femme, pour atteindre pleinement son but. De façon plus générale, l'auteur de ce livre est une psychothérapeute, en d'autres mots un professionnel de la parole. Il serait intéressant de connaître le pourcentage de femmes et d'hommes reçus par Madame Beauthéac dans son cabinet. Enfin, je connais personnellement une famille qui a traversé un deuil dans laquelle l'homme s'est ouvert à la parole, autant, voir plus que la femme. Ni les hommes, ni les femmes ne constituent un groupe monolithique en somme.

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