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Publié par Homme Culture & Identité

Note de H.C.I : on préfère parler de famille de mono-éduquée que de parler de famille mono-parentale car au sens strict un enfant a toujours deux parents même si son éducation peut n'être faite que par un de ses deux parents.

 

L'APPROPRIATION EXCESSIVE




Auteur: Michel Lemay
Source : Extrait de :"Famille, qu’apportes-tu à l’enfant? "
Éditeur : Éditions de l'hôpital Sainte-Justine
Date/pages : 2001, p 175
Référence externe : http://www.hsj.qc.ca/editions

L’enfant doit être au clair avec la réalité :  maman ou papa est seul et ses décisions, ses marques de tendresse, ses positions d’autorité ne sont pas l’aboutissement d’un lien d’alliance entre époux et épouse; elles sont pleinement assumées par une personne devenue « chef de famille ».

 

Cette position amène le parent à endosser des responsabilités qu’il ou elle assume dans une solitude parfois bien pesante.  Il y a donc un espace intermédiaire ténu entre ce parent et son enfant.  Dans un couple,  on n’est pas toujours d’accord sur les orientations à prendre, sur les attitudes éducatives à adopter, sur les valeurs à témoigner.  Ce flottement provoque des tensions, mais entraîne en revanche une zone d’incertitude et de choix possibles qui permet à l’enfant de se distancier de ses parents et s’appuyant tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre.  Dans la situation monoparentale, surtout si l’enfant est unique, tout se joue et se règle à deux.  Les divergences éventuelles ne peuvent donc pas bénéficier d’un arbitrage.  Il en résulte des liens de proximité extrême.  Cela comporte des avantages, puisqu’il n’existe qu’un seul point de référence.  Cependant, cette vie à deux devient parfois lourde dans le poids de l’investissement possible et dans les prises de décisions qui concernent le garçon ou la fille.  L’éducation ne devient plus le résultat d’un jeu interactionnel de désirs parentaux essayant d’écouter les demandes infantiles tout en les modelant en fonction d’une situation groupale.  Elle est l’affaire d’une personne devenue inévitablement dominante, même si elle tente de s’appuyer sur les avis des membres de la famille élargie.

 

L’un des dangers de la famille monoparentale est donc celui d’une appropriation excessive de l’enfant.  Plusieurs variables jouent ici un rôle déterminant par rapport à ce danger.

 

Lorsqu’une femme ou un homme se retrouve seul à suivre le développement d’un enfant, il ou elle parvient tantôt à s’appuyer sur son entourage immédiat, tantôt à devenir le seul filet protecteur de son enfant.  Dans ce dernier cas, le parent doit s’interroger de façon lucide sur la signification que prend son enfant dans sa vie : Devient-il un sujet réparateur de sa détresse? Un petit être dont on ne peut plus se passer, sous peine de voir surgir des affects dépressifs?  Un confident qui reçoit sur ses épaules la charge beaucoup trop pesante d’endosser les préoccupations de l’adulte?  Un enfant si proche de sa mère ou de son père qu’une relation affective s’est progressivement érotisée?  La crainte de la voir s’éloigner l’emporte-t-elle sur le désir de l’aider à grandir?  La peur de se voir délaissé amène-t-elle à décoder ses mouvements normaux d’autonomie comme des menaces insupportables?  La vie est-elle entièrement centrée sur lui sans que d’autres investissements ne fassent dériver ce mouvement libidinal excessif?

 

Un parent seul doit oser regarder ces questions.  Il est particulièrement impérieux de le faire si la monoparentalité a été un choix délibéré.  On comprend très bien qu’une femme seule puisse éprouver le grand désir de se faire faire un enfant ou d’en adopter un si les circonstances de l’existence ne lui ont pas permis de rencontrer l’homme qu’elle aurait souhaité rencontrer. Il se peut qu’un homme voit jaillir en lui une motivation identique.  Cependant, l’idée de partager ses fonctions parentales avec d’autres reste présente.  Elle se concrétise parfois secondairement quand la personne trouve le ou la partenaire qu’elle souhaitait découvrir.  Cette idée peut reste à l’état de rêverie, et une famille peut se constituer autour d’un célibataire qui ne renie pas son désir d’ouvrir l’univers de l’enfant à des partenaires masculins et féminins susceptibles d’élargir son creuset d’accueil.

 

Ce qui apparaît beaucoup plus dangereux, c’est la réalisation d’un fantasme d’appropriation, à savoir créer avec un petit être humain une relation exclusive parce qu’on ne désire pas partager les joies de la parentalité avec un partenaire ayant le nom de « l’autre parent ».  L’enfant se trouve alors l’objet d’une quête abusive.  Il permet à l’adulte d’exercer un pouvoir redoutable : être le géniteur unique afin que rien d’autre que soi ne puisse altérer « son œuvre ».

 

Une adolescente devient volontairement enceinte et délaisse son ai pour être « totalement libre et mère », selon son discours.  Elle se lance alors dans une monoparentalité inquiétante puisqu’elle inscrit son futur bébé dans un refus de toute tutelle, afin de l’avoir exclusivement pour elle.  Certes, elle pourra rectifier parfois la situation en s’appuyant finalement sur ses parents, puis en créant secondairement son propre foyer, mais au départ elle place son enfant dans une position d’objet comblant ses insatisfactions et sa quête d’identité, et non dans la position d’un sujet orienté vers l’autre.

 

 

source : http://www.meanomadis.com/content/show_articles.asp?ID=254

 

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