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Publié par Homme Culture & Identité

Le juge aux affaires familiales Gérard Pitti fait figure d'extraterrestre dans l'univers féminin du contentieux familial. Interview.

Le Point.fr - Publié le 09/08/2012

 

Juge aux affaires familiales (JAF) depuis quatre ans dans des zones urbaines sensibles (tribunal de grande instance d'Évry, puis de Bobigny), Gérard Pitti rend quelque 80 décisions par mois. Jugements de divorce, révisions de pension alimentaire, modification de la résidence des enfants ou du droit de visite..., les conflits augmentent et se durcissent. Comment gérer ces litiges en protégeant les enfants ? Quel est le rôle du juge de la famille ? Gérard Pitti répond aux questions du Point.fr.

Le Point.fr : Vous êtes de plus en plus sollicité après les divorces : pour quelles raisons et que recouvre ce symptôme ?

Gérard Pitti : On saisit le juge de toutes sortes de demandes : baisse d'une pension alimentaire, modification de la résidence, droit de visite non respecté... On est aussi de plus en plus souvent sollicité dans l'urgence, par exemple, par un père ou une mère qui n'arrive plus à voir son enfant. Par ailleurs, on me signale de plus en plus d'enfants en danger, notamment dans les cas où le droit de visite a été fixé dans des lieux médiatisés dans des situations déjà particulièrement tendues. Cette cristallisation des conflits est surtout liée à une incommunicabilité entre les parents qui préfèrent alors déléguer à l'enfant le pouvoir de décider.

 

L'enfant est donc mêlé malgré lui à un conflit de loyauté... Comment le décelez-vous ?

Ce qui m'interpelle le plus, c'est lorsqu'un enfant m'écrit en me disant qu'il souhaite être entendu, puis qu'il change d'avis par la suite. Dans ce cas, je respecte sa volonté de ne plus me voir, mais j'ordonne néanmoins une enquête sociale, surtout si le conflit porte sur la modification de la résidence. L'enquêtrice dressera une photographie de la situation après avoir entendu l'enfant au domicile de chacun de ses parents, vérifié les conditions d'accueil de l'enfant au domicile des deux parents ainsi que leurs capacités éducatives et parentales.

 

Les conflits sur la résidence alternée de l'enfant se radicalisent. Comment faites-vous la part des choses ?

L'un des critères de la résidence alternée est la bonne communication entre les parents. Et certains parents tentent d'y mettre un terme en attisant le conflit. C'est la raison pour laquelle je considère que l'absence de ce critère ne doit pas, à lui seul, faire obstacle à la résidence alternée. Pour être à même de décider, j'ajourne parfois ma décision et j'ordonne aux parties d'aller voir un médiateur familial. Beaucoup de problèmes seraient résolus si la médiation intervenait en amont.

 

Que dites-vous à l'enfant avant son audition ?

Je le rassure. Je lui explique comment l'audition va se dérouler. Et j'attire son attention sur deux points essentiels : d'une part, il peut me dire tout ce qu'il a envie de me dire, mais son audition sera un élément parmi d'autres, autrement dit, ce n'est pas lui qui décide. D'autre part, je lui rappelle qu'il a deux parents et que cela se traduira au minimum, sauf motif grave, par un droit de visite du parent qui ne l'héberge pas. Après, je lui pose un certain nombre de questions ouvertes.

Comment retransmettez-vous la parole de l'enfant à ses parents ?


Le compte rendu d'audition peut être fait oralement. Mais je préfère l'écrire, et je lis à l'audience aux parents ce que m'a dit l'enfant. Je ne suis pas favorable au fait de cacher certaines choses pour préserver les susceptibilités. Il faut éviter le fantasme selon lequel "le juge a pris telle décision parce que l'enfant lui a dit telle ou telle chose". L'inconvénient est bien sûr de mettre l'enfant en difficulté...

 

Comment concevez-vous l'intérêt de l'enfant ?

Le préserver dans sa sécurité, sa santé psychique et physique et son développement. L'enfant n'a pas à être le messager entre ses deux parents et il est dans son intérêt qu'il conserve sa place d'enfant, et non qu'il soit au coeur des conflits d'adultes.

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