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Publié par Homme Culture & Identité

Par Dalila Kerchouche

 

Le cœur des mâles bat-il plus fort ? Face à des femmes de plus en plus libres en amour, ils se sentent manipulés, objétisés, mal-aimés… Et s’épanchent désormais sans complexes. Exploration de cette nouvelle carte du Tendre.


« Pour elle, j’aurais pu enfiler un déshabillé rose  ! » S’il en rit aujourd’hui, Guillaume Chérel, 49 ans, grand gaillard de 1,93 m, s’est fait méticuleusement piétiner le cœur par les stilettos d’une brillante avocate – on l’appellera Ava –, hélas mariée. « Comme elle s’ennuyait dans son couple, elle m’a dragué et mis dans son lit, raconte-t-il. J’ai passé trois ans à attendre ses coups de fil, ses SMS, ses visites. Chaque soir, je changeais les draps, brûlais de l’encens et me pomponnais. J’étais la maîtresse qui recevait dans son boudoir. Une vraie geisha ! » À son cœur défendant, il campe le rôle de l’amant bafoué, du toy-boy chauffé à coups de torrides sextos puis dédaigné. « Quand elle ne venait pas, il m’est arrivé de pleurer. Je me sentais manipulé, négligé, méprisé. Mon orgueil de mâle en a pris un coup. » Au bout de trois ans, Ava coupe court à leur relation. Anéanti, il a tiré de cette expérience un roman caustique et désenchanté sur la condition de l’amant contemporain, au titre étendard Les hommes sont des maîtresses comme les autres (Plon).

 

Assiste-t-on au dernier round de l’effritement du mâle contemporain ?

 

Depuis que les femmes s’adonnent elles aussi au butinage sentimental, les cœurs brisés au masculin se ramassent à la pelle. La nouveauté ? Stupéfaits d’être largués par des filles qui ne s’en laissent plus conter, ils s’épanchent à longueur de films, livres et refrains. En 2013, c’est même le buzz – et le tube – de l’été : J’étais fort minable ! chante le soul man belge Stromae dans un clip qui met en scène avec autodérision l’archétype moderne du jeune gars plaqué par sa copine, ivre et titubant sur les trottoirs de Bruxelles. Plus mélancolique, un magnifique album folk-rock, For Emma, Forever Ago, du groupe Bon Iver, est né d’une rupture. En 2007, une mystérieuse Emma plaque le chanteur Justin Vernon. Bouleversé, il s’enferme trois mois dans une cabane du Wisconsin pour extirper de ses entrailles un joyau musical plein de larmes et de fragilité, qui lui vaut un Grammy Award en 2012. Autre signe de ce néoromantisme lacry-mâle : même les it boys de Hollywood ne sont plus à l’abri du crash amoureux. Robert Pattinson, Pete Doherty, Tom Cruise ? Éjectés par Kristen Stewart, Kate Moss et Katie Holmes, des it divorcées plus épanouies que jamais. Ce n’est qu’un début ! Sortez vos mouchoirs, car l’amant éconduit aux yeux cernés sera l’(anti)-héros de la rentrée littéraire. Fin août, l’écrivain américain Junot Díaz, Prix Pulitzer 2007, nous offre un Guide du loser amoureux à l’humour désespéré. Dans Vertiges (Julliard), le romancier français Lionel Duroy nous plonge dans la tête d’un homme trompé, quitté, blessé, explorant en cinq cents pages bouleversantes les affres de cette intimité masculine au bord du gouffre.

 

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L’infidélité féminine grimpe en flèche

 

Ce phénomène reflète une réalité statistique : dans les trois quarts des divorces, ce sont les femmes qui provoquent la rupture (70 %). « Elles craignent moins la séparation, car elles savent qu’elles ont plus de chances qu’auparavant de retrouver une vie sentimentale », explique l’historien Jean-Claude Bologne, auteur d’une Histoire de la pudeur (Hachette Pluriel). Il constate aussi que « la conquête amoureuse, autrefois une prérogative masculine, se féminise ». Et l’infidélité féminine grimpe en flèche : 24 % des femmes, selon l’Enquête sur la sexualité en France (La Découverte, 2008). Face à des femmes plus indépendantes sur les plans économique, affectif et sexuel, qui, dans la société comme en amour, entendent imposer leur tempo, les hommes, déboussolés, découvrent la saveur amère de la déconfiture amoureuse. « Historiquement, en période de crise, les hommes ont toujours eu besoin de solidité dans leur couple, poursuit Jean-Claude Bologne. Or, aujourd’hui, ils se rendent compte que les femmes ont de moins en moins besoin d’eux. Ils sont donc confrontés à une double fragilité : professionnelle et sentimentale. »
Les hommes vont-ils perdre le pouvoir dans le rapport amoureux ? Quand Théodore, consultant de 46 ans, rencontre Aziza, directrice marketing de 34 ans, mariée, c’est le coup de foudre. Mais dès les premiers jours, leur relation bascule dans la confrontation : « Elle mettait un point d’honneur à me montrer qu’elle n’avait pas besoin de moi. Du coup, notre relation était heurtée, conflictuelle. Nos deux orgueils s’affrontaient, et aucun ne voulait céder. » Au bout de deux ans, c’est la rupture. Désespéré, Théodore débarque chez elle un matin sans prévenir, avec un bouquet de pivoines pour lui déclarer sa flamme. Trop tard. Le sol se dérobe sous ses pieds. « J’ai ressenti un vide, une perte de sens, poursuit-il. J’étais amputé d’une partie de moi. »


Le monde est moins sûr pour les hommes

Comme Théodore, de plus en plus d’hommes évoquent cette sidération dans les cabinets des psys : « Le monde est moins sûr pour les hommes, constate le psychanalyste Jacques André, auteur de Paroles d’hommes (Gallimard). Fragilisés, beaucoup vivent la rupture amoureuse comme une perte d’identité et d’intégrité. »

Quand l’amour se délite, ils découvrent qu’ils peuvent, eux aussi, s’enferrer dans la dépendance affective. Nicolas, 35 ans, architecte, a atterri dans le cabinet d’un psy après le départ de la mère de ses deux enfants, qui l’a trompé et quitté. « Pendant un an, j’ai lutté contre le manque, de sa peau, de son parfum, de sa voix, raconte-t-il. C’était une vraie détox affective. » Le plus dur pour l’ego masculin, le narcissisme et l’estime de soi, reste d’être plaqué pour un autre. « Je trouve dommage que l’on résume cette souffrance à un enjeu de castration ou de faillite de la virilité », analyse finement le romancier Lionel Duroy. Il y voit plutôt « l’épreuve de la déloyauté, du rejet et de la désillusion, lorsque cette femme qui te trompe continue de t’appeler “mon chéri”. C’est un chagrin inouï, qui réveille un sentiment archaïque d’abandon et renvoie à notre solitude première. Et parce que l’écho de cette souffrance est rarement entendu, j’ai voulu, à travers mon roman, faire entrer les femmes dans la tête d’un homme brisé par une rupture. » Quand les hommes posent des mots sur leurs maux, on a la curieuse sensation qu’ils pourraient être prononcés par une femme, tant ils semblent universels. Au fond, ils apprennent à dire « je », à sortir, eux aussi, du schéma classique de la répétition de l’échec amoureux. « Les hommes ne se féminisent pas, conclut Guillaume Chérel. Ils se rapprochent des femmes. »

 

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Le prince charmant devient la Belle au bois dormant

 

Le psychiatre Serge Hefez (1) observe l’inconscient masculin désarçonné par l’attente amoureuse.

 

Madame Figaro.– Face à des femmes plus exigeantes en amour, sentez-vous les hommes désemparés ?
Serge Hefez.– Je perçois un désir très net chez eux de s’engouffrer dans la passion, perçue comme l’une des plus belles expériences de la vie. Or aujourd’hui, il y a un aspect de l’amour fusionnel qui féminise les hommes. Il les ouvre à leur monde intérieur, à l’attente et à la passivité, dans le sens où ils deviennent l’objet de l’autre, soumis à son bon vouloir. Eux qui, depuis toujours, doivent se montrer conquérants, guerriers, entreprenants, se retrouvent dans la peau de celui qui attend et qui subit. L’homme devient la Belle au bois dormant. Alors que l’imagerie des contes a depuis longtemps familiarisé les femmes à cet état d’attente, la passivité suscite chez les hommes une ambivalence, un conflit intime avec leur virilité.

 

Que se passe-t-il dans la tête de l’homme quitté ?
Des hommes éplorés viennent parfois me voir avec leur femme dans l’espoir de la reconquérir. Quand la séparation est définitive, ils la vivent comme un électrochoc. Criblés de sentiments mêlés, ils sont terrassés par la colère et le manque, doublés de la souffrance d’être celui qui subit et non celui qui décide. Dans l’inconscient, le schéma masculin-féminin n’existe pas. Ce qui agit, c’est le couple actif-passif, les deux sexes possédant les deux caractéristiques. Encore aujourd’hui, les garçons sont davantage éduqués vers l’activité. Or, la rupture amoureuse active la passivité chez l’homme et provoque des réactions spectaculaires. Ils perdent plusieurs kilos, se replient sur eux-mêmes et souffrent trop souvent en silence, car moins familiers que les femmes à la culture de l’échange. Pour eux, c’est une double peine. 

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Le psychiatre Serge Hefez chez lui.Photo Philippe Quaisse 

 

Est-ce un symptôme supplémentaire de la fragilité masculine ?


Après des siècles de sentiments masculins cuirassés, dévoiler ses émotions peut apparaître comme une vulnérabilité. Au contraire, je pense qu’être proche de son intériorité fortifie un individu, lui donne un centre de gravité et le rend capable de s’appuyer sur ses émotions pour pouvoir penser. Proust ou Stendhal ont très bien décrit comment la rupture passionnelle conduit à ce travail d’introspection et de dépassement de ses peurs. Les hommes sont de plus en plus contraints à travailler sur eux-mêmes, à prendre la mesure des contradictions qui les traversent, à se montrer créatifs. Osons imaginer un mouvement d’émancipation masculine qui libère les hommes de ce rôle traditionnel de guerrier. Acceptons d’être conquis autant que de conquérir, d’avoir plus de fluidité entre le passif et l’actif. La fragilité de l’homme d’aujourd’hui, pour moi, est une force nouvelle.

 

(1) Auteur de Dans le cœur des hommes (Hachette Pluriel) et du Nouvel Ordre sexuel (Éditions Kero).

 

 

Source : Le Figaro Madame

http://madame.lefigaro.fr/societe/linfidelite-feminine-grimpe-fleche-240713-439914


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Henri GIBAUD 31/07/2013 05:50

Hefez est un militant passionné "pro-homo" délibérément affiché, en témoignent son intervention parlementaire et aussi son duel vidéo contre Zemmour où hélas il a torché le pauvre petit Eric
toujours empêtré par son équation personnelle macho-méditerranéenne (qui candidement a avoué publiquement n'avoir été élevé "que par des femmes" ... on voit le résultat !).
Il y a aussi les deux Stéphane pédo-psychiatro-philes, Nadaud et Clergeaud sans oublier le très contre-productif Naouri pour qui "La place du père" égale un strapontin.
Bref on n'est pas aidés...
Et encore moins par de telles naïvetés ...