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Publié par Homme Culture & Identité

Par figaro iconPauline Fréour - le 10/07/2014

Ils préfèrent s'infliger des petits électrochocs plutôt que de rester seuls dans une salle vide, face à leurs pensées.

«Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui», écrivait, au tournant du XVIe siècle, le philosophe Érasme, en hommage à la richesse de la psyché humaine. Sage précepte qui révèle surtout… à quel point la démarche n'a rien d'une évidence. En réalité, quand il est laissé seul avec ses pensées, le commun des mortels se morfond, et chercherait même par tous les moyens, y compris les plus ridicules, à échapper au tête-à-tête avec lui-même.


C'est au Pr Timothy Wilson et à son équipe de l'université de Virginie, aux États-Unis, que l'on doit ces conclusions, parues jeudi dans la revue S cience . Les chercheurs ont réalisé pas moins de onze expériences pour boucler leur projet. Les premières, réalisées avec 146 volontaires, consistaient à demander à des étudiants du campus, isolés pendant six à quinze minutes dans une pièce, de «s'occuper en réfléchissant à ce qu'ils voulaient», sans rien faire d'autre. Portables, livres et sieste éclair étaient formellement proscrits. L'activité n'a guère suscité d'enthousiasme: la majorité des cobayes humains ont eu du mal à se concentrer (57%), et près d'un sur deux n'a pas réellement apprécié le moment, même si les idées qui l'ont occupé n'étaient pas particulièrement sombres.

 

 

Electrochocs

 

Des variantes de l'expérience, réalisée avec des individus au profil plus éclectique, ont conduit sensiblement aux mêmes conclusions, voire à des situations proprement aberrantes. Les chercheurs ont ainsi fait subir à des personnes des petits électrochocs, qu'elles devaient qualifier. À celles qui les jugeaient désagréables, il était demandé la somme qu'elles paieraient pour en être dispensé. Il a ensuite été demandé à ces gens - qui, clairement, n'aimaient pas les électrochocs - de s'occuper «en réfléchissant». Elles disposaient néanmoins, pendant ces quelques minutes d'introspection, d'une option inédite: la possibilité de recevoir une décharge électrique en appuyant sur un simple bouton. Et là, surprise: pas moins de deux participants sur cinq ont actionné le mécanisme !


«Le simple fait d'être seuls avec leurs pensées pendant un quart d'heure était visiblement si désagréable que cela a conduit un grand nombre de participants à s'autoadministrer des chocs électriques, dont ils avaient pourtant dit qu'ils paieraient pour les éviter», notent les auteurs. Plusieurs personnes (9 hommes, 4 femmes) se sont même administré plusieurs décharges! Ce qui conduit les auteurs à écarter la curiosité comme facteur explicatif à ce drôle de choix. À noter, également, la proportion à appuyer sur le bouton était bien supérieure chez les hommes (67%) que chez les femmes (25%)…

 

 

L'homme, un «avare cognitif»


«C'est une attitude un peu aberrante et en contradiction avec ce qu'on imagine, à savoir que les gens sont des penseurs, constate François Ric, professeur de psychologie sociale à l'université de Bordeaux. Ça montre en tout cas que les individus n'aiment pas penser dans le vide, sans objectif précis. C'est du reste cohérent avec d'autres recherches plus anciennes, décrivant l'homme comme un “avare cognitif” qui se crée des raccourcis de pensée pour économiser ses efforts.» À une époque où les sollicitations extérieures, du téléphone portable, des ordinateurs ou des réseaux sociaux, offrent l'option d'une connexion permanente, la pensée «à vide» se fait d'autant plus rare.


Malgré la surprise suscitée par leurs résultats, les auteurs restent optimistes. Ils suggèrent néanmoins qu'il pourrait être utile d'apprendre au cerveau à réfléchir positivement, sur le modèle de l'apprentissage de la méditation. Érasme aurait sans doute approuvé.

 

source : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/07/10/22581-hommes-prets-tout-pour-eviter-lintrospection

 

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