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Publié par Homme Culture & Identité

 

Né d'une insémination artificielle, Arthur Kermalvezen raconte les troubles liés à la quête de ses origines.

Arthur Kermalvezen, étudiant en psychologie, a 24 ans. Comme ses deux sœurs, il est né après une insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD). Au sein de l'association PMA (Procréation médicalement anonyme), il milite pour lever l'anonymat du don de gamètes en France. Et raconte son parcours dans Né de spermatozoïde inconnu (Presses de la Renaissance) qui paraît demain.

LE FIGARO. Un enfant né d'un don de sperme est-il « condamné » à souffrir ?
Arthur Kermalvezen. Se construire avec des origines troublées est très dur. Comment grandir sereinement quand on ignore tout de son géniteur, quand on sait qu'on ne ressemblera pas au père qui vous élève ? Ce qui me révolte le plus aujourd'hui, c'est que je veux devenir un père de famille et que je vais devoir transmettre cet anonymat. Je suis en psychanalyse depuis cinq ans.

Cette «demi-identité» génétique a-t-elle pesé sur votre enfance ?
Surtout sur mon adolescence. Tous les enfants comme moi doivent à la fois faire le deuil d'un géniteur qui n'est pas notre père et d'un père qui n'est pas notre géniteur. Savez-vous ce que c'est d'être dans la rue et de se dire que, si ça se trouve, dans cette foule, il y a votre père biologique et que vous êtes incapable de le reconnaître ?

Pour quoi militez-vous ?
Pas pour la levée pure et simple de l'anonymat sur les dons de sperme mais pour la levée à 18 ans. Autrement dit, pour que les enfants aient le choix de consulter leur dossier ou non. Un dossier où il pourrait y avoir un nom ou bien une photo, une profession ou encore le récit des motivations du don.

Sur les 50 000 enfants conçus par IAD en France depuis 1973, tous ne veulent pas connaîtreleur géniteur…
C'est vrai, mais tous veulent avoir le choix. Ils ne veulent pas que l'État, avec cette porte fermée, décide à leur place. Et mon combat aujourd'hui est de porter haut et fort leur parole, participer à la révision de la loi bioéthique. Que le donneur ne soit pas seulement une entité mais une identité.

Ne risque-t-on pas des débordements en connaissant le donneur, demander une reconnaissance par exemple ?
Absolument pas ! D'abord parce que je prône un système de médiateur juridique qui serait garant de la «non-responsabilité» de l'un envers l'autre et recadrerait les choses au besoin, et ensuite aucun enfant né grâce à un donneur anonyme ne confond sa filiation affective avec sa filiation génétique ! Notre père est celui qui nous élève, c'est tout.

Justement, que vous apporterait le fait de connaître votre géniteur ?
Par exemple, connaître les éventuels problèmes liés à une maladie génétique. J'ai appris il y a seulement trois mois que j'avais une allergie génétique. Et demain, je vais apprendre quoi ? Et puis on a besoin de donner une figure à ce fantasme qui peut vous hanter toute une vie. Je passe sur les problèmes moraux. Qui me dit, si j'épouse une fille conçue par IAD, que ce n'est pas ma sœur ? On est en train de faire une jolie tambouille…

Comme en Grande-Bretagne,la levée de l'anonymat risque d'engendrer une chute de dons…
C'est un faux problème. Les dons n'ont pas besoin de ça pour mal se porter en France. Ils sont passés de 787 en 1997 à 490 en 2003… Cela responsabiliserait tout le monde au contraire.

 

 

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