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Publié par Homme Culture & Identité

Un article de Nicole Dubreuil, Psychologue clinicienne et Analyste, où il est parlé du rôle du père et de l'importance de la fonction paternelle dans l'identification.

 

- L'identité masculine
- Le père et la fille
- Le père et le fils

 

L’IDENTITÉ MASCULINE :

Certaines d'entre nous, les femmes, avons eu un père avant d'avoir un amant. Ce qui nous a permis de nous séparer de la mère, de la toute puissance maternelle, de ne pas y être restées engouffrées, et d'avoir pu un jour ou l'autre fantasmer sur le Prince charmant. Pour ensuite redescendre sur terre et tenter d'aimer l'homme pour ce qu'il est, un être vivant avec avant nous son propre passé qui conditionne plus ou moins ce qu'il nous donne aujourd'hui à vivre, à travers ses points forts et ses faiblesses.


A la naissance, c'est la mère qui s'empare de suite du corps du bébé garçon, par nécessité vitale mais aussi par éducation.. alors que l'enfant est un projet à deux, et que l'identité du fils est ancrée dans le corps du père.


Le corps est la base de toute identité.


La mère fait le fils dans et par son corps, le père est extérieur à ces évènements. Son sperme vient déjà de l'extérieur par rapport au lieu où va évoluer le foetus.


Être un homme c'est d'abord naître petit garçon avec ce petit quelque chose entre les jambes que les petites filles n'ont pas. Beaucoup de mères, dans les soins corporels ou les marques d'affection s'attachent à cette particularité sexuelle, et tout en parlant à l'enfant tout entier l'appellent par des noms doux et tendres, prometteurs et ciblés ( ex : mon tout petit, ma zezette, mon petit bout à moi, etc..  ) qui finalement signifient au petit garçon que son pénis appartient d'abord à la mère, au féminin, avant qu'il puisse se l'approprier du côté du masculin, du côté du père.


Tant qu'il croit que sa mère en a un, tout va bien, mais l'histoire se complique quand il découvre l'évidence. Et si le père est absent ou n'assume pas son rôle d'initiateur et de protecteur, si le petit garçon ne peut pas s'identifier à lui, si ce père ne sépare pas par sa parole masculine et sa présence effective cette symbiose que la mère partage avec son petit garçon, les soucis commencent !


On ne peut donc pas parler du père, de la place du père, en faisant l'économie de la mère, de cette place de la mère auprès du père.


C'est le père qui est nommé à l'enfant par la mère, c'est elle qui sait. Elle sait que c'est lui, que c'est celui là le père et pas un autre.


La plupart du temps le père en est sûr aussi, mais tout de même, il doit lui faire confiance. Et l'enfant aussi.


L'identification est un processus psychologique par lequel l'enfant assimile un aspect, une propriété, un attribut de l'autre et se transforme totalement ou partiellement à partir de ce modèle.


Pour pouvoir être identique à soi-même, il faut d'abord avoir été identique à quelqu'un, s'être quelque part mis à sa place, mis dans son corps, l'avoir imité. Et pour que ce mouvement se produise il faut avoir obscurément reconnu un élément chez l'autre.


La première identification du petit garçon, c'est donc la mère. Pour devenir homme, passer du côté du masculin, il lui faudra d'abord passer sans encombre de cette identification première à la mère à l'identification au père.


Le petit garçon sort d'un corps féminin. Il ne connait tout d'abord que les odeurs du corps féminin, ce qui constituera par la suite cet intérêt de l'homme pour les odeurs de la femme, cette façon qu'il  aura de s'en sentir submergé, impressionné émotionnellement et sexuellement.


De ce corps féminin qui ne ressemble en rien au sien il va devoir s'en dégager très vite pour accéder au masculin. Et la passation, pour chaque petit garçon est toujours délicate et risquée.


Pour lui permettre de se séparer d'elle, la mère doit veiller à ne pas priver l'enfant de son accès au père. Mais si elle ne reconnait pas le père, si elle ne lui dit pas qui il est et comment il se nomme, si elle ne le présente pas physiquement, si elle nie sa place, si elle refuse que le père assume son rôle affectif et éducatif, si elle ne le veut qu'absent ou indigne, l'enfant restera avec elle, noyé, incapable de structuration, de symbolisation.


L'absence fréquente du père et de modèle masculins auprès du jeune garçon parait expliquer certaines difficultés de comportement reliés à l'affirmation de l'identité sexuelle chez l'homme.


On peut dire que la femme est, mais que l'homme doit se faire.


C'est pour cela que des rites se font dans le monde, des rites d'initiation concernant le passage du petit garçon à la puberté. Symboliquement et dans sa chair il quitte définitivement le féminin pour intégrer le masculin.


Quand un fils demeure identifié à sa mère il demeure fusionné à son inconscient, à l'inconscient de cette mère, à ses besoins, à ses désirs. Il ne peut pas ressentir ces besoins et ces désirs comme indépendants de lui-même et décider ou non d'y obéir. Cet enfant fusionné avec sa mère sera également fusionné avec le monde extérieur. Son comportement sera naturellement ce que lui demanderont les stéréotypes. Ainsi si la télévision lui dit qu'il doit être macho il sera macho, s'il doit être doux il sera doux. Identifié à sa mère il n'a pas accès à sa propre individualité, il reste le jouet de son inconscient et des normes sociales.

 

 

LE PERE ET LA FILLE :

Le père constitue pour la petite fille sa première histoire d'amour, sa première expérience du masculin. Il lui procure un modèle idéal qui plus tard devenue jeune fille puis femme, va lui permettre de se situer par rapport aux hommes.


La liste des blessures narcissiques pour certaines filles relevant du comportement inadéquat d'un père marqué lui-même par le comportement pathologique d'une mère, est inépuisable ( ! ) : pas d'amour, pas de respect, pas de discrétion, négation de leur féminité, fillettes brutalisées, violentées sexuellement, avec parfois en toile de fond une mère qui par peur ou vengeance, par  indifférence, ne dit rien. Donc devient complice.


On trouve également des mères qui dominent à la fois le père et la fille sans que celui-ci puisse, ou essaie, de réagir autant pour lui-même que pour son enfant. Un père absent physiquement ou par sa parole peut donner une petite fille " trop couvée, trop aimée " par sa mère, et qui malgré ses efforts, ses sursauts de haine ou ses éclats de voix ne pourra plus jamais vraiment s'en détacher.


Avec un père méprisé par la mère, la petite fille sera en proie à des projections négatives le dénigrant sans modération et la rendant très méfiante face aux autres hommes de sa vie. Elle pourra difficilement s'abandonner et vivre une vie affective et sexuelle épanouie.


Un père exigeant qui pousse inconsciemment sa fille à se dépasser pour qu'il en soit fier, l'inciter à lui prouver " qu'elle en a ( ! ) ", qu'elle est bien la fille de son père, et la rancune inconsciente de cette fillette puis de cette adolescente qui se trouve privée de ses propres élans, de sa propre réalisation, forgera une femme le plus souvent prisonnière de son paraitre, ou alors passive parce que le père ne lui aura pas consenti les moyens d'être elle-même.


Face à un père n'ayant pas pris conscience des raisons de ses comportements aveugles ou excessifs envers sa fille, l'image que cette dernière aura d'elle-même dans son identité féminine, ses relations avec le masculin et ses possibilités de s'accorder avec le monde, sera très endommagée.


On peut donc comprendre qu'après un passé dramatique avec son père, une femme vivant une histoire d'amour avec un homme puisse être sur ses gardes, ressentir des reviviscences de sentiments contradictoires refoulés liés au père, expérience douloureuse dont elle fera malgré elle porter le poids à son compagnon.


Pour éviter cela il est important pour les filles de comprendre pourquoi le père n'a pas pu être, ou n'a pas été, capable d'être ce qu'elles attendaient de lui, ce dont elles avaient besoin qu'il soit. Elles doivent également prendre conscience de quelle manière cette paternité subie, plus ou moins défaillante, a affecté leur propre vie de femme.


L'important est de trouver dans l'héritage éducatif et familial du père ce qui va permettre à la fille de se construire et non de se détruire.


 
 

LE PERE ET LE FILS


Les pères n'imitent pas les mères dans leur prise en charge de l'enfant. Ils sont différents, ils sont hommes et pères.


L'amour du père se différencie de l'amour de la mère dans ce qu'il est souvent conditionnel, ce sont les réalisations de l'enfant qu'il va encourager : " Si tu fais ça tu auras ça ! " Cette présence du conditionnel est cruciale car elle œuvre dans le développement de la personnalité, du goût de se dépasser, du respect de la hiérarchie. Mais elle doit être accompagnée d'attention et d'affection sincère.


Le père ne doit pas être lâchement caché derrière sa femme pour imposer ses opinions ou ses décisions.


En assumant ses propres imperfections le père ouvre à l'enfant un monde réel où l'on n'attend pas forcément de lui la perfection, de la compétition, de l'émulation, mais surtout ce qui a trait à l'écoute, à la tendresse, à la spontanéité.


C'est au cours des deux premières années de leur existence que les garçons ont absolument besoin de leur père.


Chez les enfants n'ayant pas eu la présence du père durant ce temps on relève parfois les mêmes développements atypiques que chez les orphelins placés en foyer d'accueil ou chez les fils de famille monoparentale élevés en vase clos et manquant de substituts paternels. 


Chez certains fils sans père on peut retrouver une déficience sur le plan social, sexuel, moral ou cognitif.


La présence corporelle du père auprès du fils lui donne la possibilité d'aimer d'abord sa mère et plus tard de désirer la femme plutôt que de la redouter ou de la mépriser.

Tenu par son apparence sexuée, le rôle qui lui sera attribué, la façon dont les parents vont l'élever en fonction de son identité sexuelle, tout cela contribuera à lui donner sa propre place, ses propres repères. Très vite l'enfant imite pour s'adapter, il reproduit d'abord avant de se détacher plus ou moins de ce qui l'entrave dans son autonomie.

Certes le père peut être absent, mais présent il il peut donner une image si négative ou si répugnante de lui-même que le fils refusera carrément de s'identifier au masculin ( par ex : alcoolisme, déviances sexuelles.. ). Au contraire, il s'attachera à mépriser son père et à ne lui ressembler en aucune façon.


Le fils, malgré la présence de ce père ne peut s'identifier à lui dans une bonne image. Afin d'établir son identité masculine il ne peut se sentir suffisamment confirmé et sécurisé par sa présence pour arriver à l'âge adulte.


Si le père est absent de corps ou bien d'autorité, il n'y a pas de transfert d'identification de la mère au père. L'absence du père signifie automatiquement une influence accrue de la mère, du féminin, chargée d'une responsabilité trop lourde et déséquilibrée dans ses rapports éducatifs et affectifs avec le petit garçon.


Dans leur identité sexuelle certains fils sont fragilisés par le silence, l'indifférence, l'absence des pères. Loin de leur odeur, de leurs gestes affectueux ils sont coupés de l'accès au corps du père par celui de la mère et vont grandir dans cet état de fait entrainant des perturbations avec leurs propres corps. Ou bien encore, à regarder vivre leurs pères, humiliés, malheureux, silencieux ou sévères, taciturnes ou violents, dans leur esprit les pères ne peuvent se laisser aller à toucher, cajoler, humer, sentir, rire, pleurer. Pour eux cela ne se passe que du côté de la mère, les hommes ne s'accordent pas ce genre de faiblesse. Il pourra s'ensuivre chez le petit garçon puis chez le jeune adulte une répression de toute sa propre sensualité et de toute sa corporalité.


La première conséquence de l'abandon des fils aux soins exclusifs de la mère est la peur des femmes.


Les fils ont peur d'être engouffrés, perdus, anéantis dans l'amour maternel trop étouffant. La femme n'est pas leur univers. Ils ont tout d'abord la peur inconsciente d'en devenir une, de devenir une femme, qu'on les prenne pour une femme ! Ensuite, ces fils devenus hommes pourront ressentir une peur pour le corps de la femme et leur propre corps.


Sans la présence, les ressentis et les conversations masculines simples et affectueuses d'un père, l'adolescent qui voudra s'abandonner à sa sensualité pourra se sentir très vite culpabilisé. Dans ses relations affectives et amoureuses il apprendra surtout à se dominer, à se réprimer. Devenu adulte il pourrait ne se concentrer que sur son seul plaisir génital, ne laissant pas la jouissance ni les jeux amoureux déborder des zones érogènes dont il a coutume de se contenter, il ne voudra pas se comporter comme une femme qui s'abandonne, ou avoir l'air d'une femme aux yeux de sa partenaire. Il ne s'abandonnera qu'aux plaisirs permettant aux hommes de se montrer sensuels sans se sentir jugés : l'amour du vin, celui de la bonne chère ( chair ? )


Le désir d'amour du fils en mal de père absent, indifférent ou humilié, ou nié par la mère, peut se manifester dans :
- Les tentatives de suicide
- Les fugues
- Les troubles psychosomatiques
- les paroles culpabilisantes, les manipulations perverses.


Plus les manques se feront sentir à cause de l'absence du père et plus ces manques seront compensés par une idéalisation inconsciente. Par ex : le fils idéalisera le père, ou le recherchera dans un autre homme en lui donnant la figure d'un père idéal. Il sera hésitant dans ses désirs, ses décisions, il aura une mauvaise évaluation de ses semblables et se retrouvera souvent trahi par ceux qu'il croyait être de bons pères de remplacement.


A l'adolescence il pourra présenter une confusion par rapport à l'identification sexuelle avec une féminisation du comportement.


- Estime de soi défaillante
- Agressivité refoulée d'où difficulté d'affirmation, d'ambition, et de curiosité exploratoire
- Blocages en ce qui concerne la sexualité
- Problèmes d'apprentissage
- Difficultés à assumer des valeurs morales, à prendre des responsabilités, à intégrer le sens du devoir et les obligations envers autrui
- Difficulté à assumer ou accepter l'autorité


L'absence ou le silence du père ne favorise pas le contact et la maitrise de l'agressivité naturelle du garçon, mais l'incite plutôt à mépriser ce qui est masculin en lui. Et ce sont justement ces valeurs masculines, dont il est en quelque sorte privé, " castré " par la mère, qui finissent par l'entrainer vers une misère intérieure.


Seul avec sa mère, loin de la parole et de la loi symbolique du père, le manque de structure interne peut entrainer le fils dans une certaine mollesse, une absence de rigueur et des complications dans l'organisation de sa vie.


Certains adolescents peuvent développer des troubles psychologiques, de la délinquance, de l'alcoolisme, le tout baignant dans une révolte sans fin contre la société jugée patriarcale.


Les fils sans pères restent sans corps du masculin.


La présence du père permet au fils l'accès à l'agressivité naturelle et primitive de son sexe, sinon il subit les interdictions de la mère qui tolère mal les manifestations naturelles de la sauvagerie instinctive. Elle veut que son fils reste poli, réservé, et lui interdit les apanages de la masculinité, par voie de conséquence si le fils ne se réfugie pas dans la pathologie, il pourrait alors devenir hostile à sa mère, puis à la femme.


C'est la répression de l'énergie qui pousse à la violence. Et cette violence est là pour cacher l'impuissance, le désespoir qui s'empare du fils, du garçon, de l'homme tout entier, et le soumet à sa force irrationnelle et instinctive. Le Moi n'a pu contenir ces forces intérieures et l'homme passe à l'action pour se libérer de cette insoutenable tension.


Un petit garçon, un adolescent ou un homme, ne se sent pas véritablement du côté du masculin tant qu'il n'a pas touché à son énergie brute, au plaisir de se battre et celui de se défendre. Cette expérience lui donne une sécurité interne et cette ressource fondamentale fondée sur le fait qu'une agressivité bien canalisée peut l'aider à se sortir de toutes les situations.


Tant qu'un homme ne sait pas qu'il peut utiliser autre chose que la douceur ou la violence aveugle pour se défendre, il ne sait pas être pleinement en relation avec lui-même. Et par voie de conséquence il ne sait pas qu'il peut être pleinement lui-même avec la femme.

 

 

Source : JAFLAND


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