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Publié par Homme Culture & Identité

 
 
Written by Jimmy Jean-Louis | 06 December 11
 

« Pour la majorité de Mauriciens, le problème d'hommes battus est purement fictif. Si, d'une part, la condition d'homme battu provoque des fous rires car les gens pensent à un sketch radiophonique comique où le conjoint se fait tabasser par sa conjointe, d'autre part, cette situation fait de la peine lorsque l'on pense au nombre hommes qui se font taper dessus par leur femme mais qui n'osent rien dire.

 

Cet état des choses, moi, Jean-Pierre, je l'ai connu. Mon mariage avec Annie a été un calvaire. Pendant presque dix ans, je me suis muré dans le silence. Après les insultes et les humiliations, mon épouse a commencé à me balancer des objets à la tête. J'ai pensé que la situation irait mieux avec l'arrivée des enfants. J'ai vite déchanté. Je me suis retrouvé seul à porter cette croix. Je n'avais plus le courage d'affronter la société. J'évitais soigneusement les réceptions mondaines car Annie pouvait s'emporter à tout moment. C'était devenu insupportable.

 

Elle m'a souvent ridiculisée en public, devant mes proches et mes amis. C'est une douleur profonde. A la maison, j'essayais de ne pas répondre à ses provocations mais cela l'excitait encore plus jusqu'à ce qu'elle me balance des choses à la tête.

 

Souvent nos disputes se terminaient à l'hôpital car j'avais besoin de soins, en particulier de points de suture. A chaque fois, je devais mentir. Un jour j'ai eu l'arcade sourcilière cassée. J'ai dit que j'étais tombé en faisant des travaux chez moi. C'est sur les conseils d'un ami que j'ai contacté le ministère de la Femme devenu depuis le ministère de l'Egalité du genre.

 

J'ai appris que je n'étais pas le seul homme à être battu. C'est bien là qu'est le véritable tabou. Ces violences sur les hommes sont méconnues et seraient particulièrement rares, à tel point que rien n'est prévu, pas de centre d'accueil et pas d'accompagnement pour les hommes qui subissent la violence. L'homme battu par sa femme a fatalement honte de lui. Il s'enferme dans le silence. Il m'a fallu beaucoup de courage pour m'en sortir et abandonner le foyer. D'autant que souvent, c'était ma femme qui prenait les devants pour aller dire à la police que je la battais alors qu'en réalité, c'est moi qui subissais ses foudres.»

 

En 2010, la ministre de la Femme, Indranee Seebun, a avancé, lors d'une fonction publique, le chiffre de 200 comme étant celui du nombre d'hommes ayant cherché refuge auprès du ministère pour cause de violence domestique en comparaison avec les 600 hommes qui sont battus mais qui n'arrivent pas à demander de l'aide aux autorités par peur et honte du quant-dira-t-on.

 

Et pourtant, mari ou femme, ils ont le même traitement devant la loi. Les hommes battus ont droit à la même aide comme le soutien psychologique, l'encadrement légal, le "Protection order" et même «l'Occupancy order". Le concept de vivre dans une société où dès l'enfance, on nous enseigne que le garçon est le plus fort, ne s'applique plus aujourd'hui. Car désormais, plusieurs lois protègent la femme et les Mauriciennes réclament la parité dans tout. Le pouvoir ne se partage pas. Ainsi, l'exercice du pouvoir au sein des couples se manifeste parfois par la force. Et c'est dommage...»

 

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service de commentaires et d'opinions de Gender Links.

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