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Publié par Homme Femme & Identités

Article paru du ATLANTICO le 9 mars 2012

Auteur : Hugues Serraf. Il est journaliste, écrivain et blogueur.

 

Spontanément, je suis à fond pour la parité hommes-femmes dans la vie politique. Dans la vie politique comme dans les autres, d’ailleurs. Si les femmes représentent la moitié de l’humanité et ne prennent pas le destin de cette dernière en charge à égalité avec les hommes, c’est sans doute qu’il y a un truc qui ne va pas.

 

Mais je me pose tout de même une question sotto voce ― question que je n’aurais certainement pas osé formuler hier 8 mars (bon, en fait j’aurais pu, mais on m’a demandé de ne pas le faire parce qu’il y avait déjà un papier sur la journée de la femme sur le site et qu’un deuxième, ça faisait opportuniste et flagorneur) : les femmes s’intéressent-elles vraiment autant que les hommes à la politique ? Et la faiblesse de leur représentation numérique au gouvernement ou dans les assemblées ne reflète-t-elle pas, au moins partiellement, leur absence de passion pour ce type d’activité ?

 

Père de deux filles que j’élève en leur rabâchant que le monde leur appartient et qu’elles peuvent bien devenir astronautes ou présidentes de la République si ça leur chante, je ne repère pas chez elles d’excitation particulière à l’approche de la présidentielle. Elles sont au courant, elles ont un avis, mais, pour le reste, c’est tout juste si elles lisent mes chroniques à l’occasion les ingrates…

 

Notez qu’elles sont peut-être les victimes inconscientes d’une société patriarcale les bombardant de signaux subliminaux sexistes :

« Passe la serpillière ! Fais les courses ! Repasse ! Moque-toi d’Éva Joly lorsqu’elle est à la télé ! Ne cherche pas à comprendre les ressorts de la crise budgétaire, tu vas te faire mal à la tête ! ».

 

Hum, c’est possible, mais j’en doute un peu. D’abord parce que si elles voient quelqu’un jouer de la serpillière à la maison, c’est bien leur paternel, et ensuite parce que personne ne repasse plus rien chez nous depuis que les Chinois abreuvent nos sillons de textile synthétique à bon marché et viennent jusque dans nos bras égorger nos couturières et nos brodeuses.

« Organisez une réunion politique, c’est cinq femmes sur cinquante personnes ! »

« Dans mon expérience personnelle, explique d’ailleurs David Poryngier, président du Mouvement des Libéraux de Gauche, il y aurait même plutôt une certaine forme de discrimination positive dans les partis pour faire venir des femmes. Mais organisez une réunion publique quelconque et sur cinquante personnes, vous aurez cinq femmes au mieux ».

 

C’est certain, pour de grands partis comme le PS ou l’UMP, dont les adhérents se comptent par dizaines de milliers, trouver des nanas de qualité à mettre en position éligible sur une liste ou à asseoir à la table du Conseil des ministres, ce n’est pas si difficile. Mais pour une petite formation dont les effectifs se comptent sur les doigts d’un menuisier maladroit, c’est un immense casse-tête :

« Croyez-moi, ne serait-ce que pour aller prendre un pot avec elles après une réunion, les militants seraient ravis d’être rejoints par des militantes à parité et même au-delà », se marre encore Poryngier.

 

Et tiens, prenez les blogs politiques, qui pullulent et n’exigent pas pour être ouverts d’être stimulés par décret : pour une blogueuse inspirée par le flip-flopping de Manuel Valls sur la TVA sociale, c’est soixante-douze blogueurs qui s’écharpent sur la pertinence d’un défaut partiel de la Grèce sur sa dette privée ! Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est parce qu’elles ont les gosses à aller chercher à l’école : le blogueur politique moyen, il en sort à peine lui-même, de l’école…

Dans la vie, il semble qu’il y ait des convictions que l’on soit condamné à faire entrer au chausse-pied dans le réel. Les femmes en politique, c’est génial, il en faut, mais elles s’en foutent royalement pour la plupart, du moins au point de s’impliquer pour de bon en prenant sur leur temps libre, et personne ne peut vraiment me dire pourquoi. Ou alors pas de manière convaincante.

 

Non franchement, plus j’avance en âge et plus je me dis que les hommes et les femmes sont différents. Punaise, je dois devenir réactionnaire !

 

 

PS de H.C.I : mais non, mais non l'auteur n'est pas réactionnaire, c'est seulement l'air ambiant très "féministo-victimaire" qui interdit de tels réflexions. Il suffit de renouveler l'air ambiant et on pourra reprendre une vie normale.

 

 

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straight 10/03/2012 10:31

Complètement d'accord. J'ai été adhérent de plusieurs partis d'extrême gauche, et dans ma section locale, il y avait à chaque fois 2 x moins de femmes que d'hommes. Et il y a une explication
sociologique : la vie des femmes occidentales est finalement moins dure que celle des hommes (pour preuve, l'espérance de vie des femmes est de 6 ans plus élevée que celle des hommes, et ce n'est
pas due à la génétique, mais bien au mode de vie + risqué qu'on impose aux hommes par rapport aux femmes, ainsi qu'au favoristisme fémiste). Puisque les femmes souffrent moins, elles sont donc
moins révoltées par les injustices de ce monde, donc ont moins envie de changer le monde que les hommes. Elles n'ont qu'une simple envie d'aider les personnes fragiles, ce qui n'a rien à voir avec
le mensonge féministo-victimaire disant qu'on imposeraient encore maintenant aux femmes un rôle de "soigneuse-éducatrice" maternaliste (valable il y a 50 ans, mais disparu depuis 30 ans).
La politique est un système de combat intellectuel, hors les femmes, pour la plupart, n'ont pas la vie d'un homme actuel, qui est constituée de bien + de défi que pour les femmes (lourde
persistance du rôle de l'homme fort que l'on impose encore aux hommes (plancher de verre)).
Finalement, si les féministes veulent vraiment que les femmes aient autant de pouvoir que les hommes, elles devraient se battre aussi pour l'amélioration de la condition masculine. Chose
malheureusement pas du tout à l'ordre du jour, puisque le féminisme principal actuel (déviant), de part son victimisme forcené et donc complètement hégémonique, EMPECHE les hommes de parler de leur
propre condition. Les hommes vont donc continuer à tenter de changer la société, contrairement aux femmes, qui manifestement s'en acomode pas trop mal.

Homme Culture & Identité 10/03/2012 13:34



Oui je partage en grande partie votre commenaire toute fois je ne pense pas que les femmes se satisfassent de l'état actuel est choses. Les militants et politiques utilisent la cause des femmes à
leur profit pour précisément accéder elles-même au pouvoir et c'est comme si elles voulaient atteindre ce pouvoir sans en payer le prix : travail harassant semaine et WE, peu de vie de famille,
investissement total dans la vie professionnelle. En fait mis à part ces femmes ambitieuses, c'est vrai que je pourrais être d'accord avec vous sur le fait de dire qu'elles se satisfont du
système, notamment économique, tel qu'il est. Le problème est cependant que le militantisme revendicatif donne aujourd'hui à 85% aux femmes le sentiment d'être victimes de sexisme en France,
c'est à dire que le militantisme de quelques ambitieuses (légitimement ambitieuses) utilisent la cause des femmes pour accèder au pouvoir, c'est au fond une utilisation dévoyée qu'elles font de
la cause des femmes.