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Publié par Homme culture & identité

La dramatique question des violences conjugales fait l'objet de l'attention de la classe politique et des médias depuis plusieurs années. Plus de 50 associations accompagnent aujourd'hui les femmes victimes de violences conjugales, la police est formée à recevoir les femmes et la justice sanctionne. Tout cela est une bonne chose pour les femmes subissant des violences physiques (soit 3% d'après l'ONDRP).

Ce qu'on ne sait pas cependant, c'est que de très nombreux hommes sont également battus par leur compagne. L'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP), présidé par Monsieur Alain Bauer, vient de révéler que 280 000 hommes sont aujourd'hui victimes de coups, de violences physiques au sein de leur couple (1,3% des hommes de 18 à 75 ans). Pourquoi devrions-nous continuer à laisser dans le silence et l'oubli ces hommes qui subissent la même chose que les femmes battues ?

Justice et égalité pour les hommes battus

Une "journée nationale de sensibilisation aux violences faites aux femmes" a été instituée le 25 novembre par le Parlement français (loi du 9 juillet 2010). Tout cela est très bien, mais pour quelles raisons devrions-nous accepter qu'une politique publique soit menée dans notre pays en laissant complètement à l'écart l'un des deux sexes ? On nous parle aujourd'hui beaucoup des enfants témoins de ces violences : est-ce qu'un enfant voyant son père se faire battre doit être moins considéré qu'un enfant voyant sa mère se faire battre ? Pour beaucoup de raisons, cet état de fait, oublieu des pères et des hommes, doit cesser dans notre République, au nom notamment des valeurs de justice et d'égalité qui sont les siennes.

Le rapport de l'ONDRP étant sur le site internet de l'Observatoire de la Parité (présidé par Madame Roselyne Bachelot, Ministre des Solidarités et de la Cohésion Sociale), il nous faut faire le voeu que, bientôt, les pouvoirs publics français se saiseront aussi de cette violence contre des hommes, afin de leur apporter un soutien identique à celui qui est proposé aux femmes battues.

Les associations au service de toutes les victimes, qu'elles soient femmes ou hommes

Aujourd'hui, seule une association en France vient en aide aux hommes battus (SOS Hommes Battus). Il est temps que d'autres se mobilisent sur ce problème. Les 50 associations travaillant sur les violences conjugales ne pourraient-elles pas apporter à des hommes le même soutien qu'elles apportent à des femmes ?

A une époque où les féministes font la promotion d'une théorie censée nous permettre de rompre avec les stéréotypes culturels attachés à chaque sexe - la théorie du genre, ne serait-il pas venu le temps de rompre avec le dogme culturel largement répandu selon lequel tous les compagnons sont des dominateurs ? En tout cas la réalité révélée par ces chiffres nous invite à sortir collectivement des clichés simplistes qui sont stigmatisants, pour ne pas dire sexistes à l'égard des hommes.

L'ensemble du rapport de l'ONDRP, qui s'intitule "violences physiques et sexuelles au sein du ménage", peut être consulté en suivant ce lien : http://www.inhesj.fr/fichiers/ondrp/reperes/reperes_15.pdf

Arthur Vivien

 

 

Autres articles sur ce sujet :

 

- http://www.lexpress.fr/actualite/societe/famille/des-maris-battus_486151.html

- http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/26/01016-20100826ARTFIG00447-les-hommes-aussi-sont-victimes-de-violence-conjugale.php

- http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-locale/Saint-Quentin-Chauny/Quand-je-bois-je-suis-tres-tres-mechante

- http://www.aisnenouvelle.fr/article/faits-divers-%E2%80%93-justice/elle-frappe-son-mari-avec-une-casserole

- http://www.lemonde.fr/savoirs-et-connaissances/chat/2007/11/14/femmes-hommes-pourquoi-ne-parle-t-on-jamais-des-hommes-battus_977998_3328.html

- http://www.lexpress.fr/actualite/societe/hommes-battus-tous-les-pretextes-etaient-bons-pour-me-rabaisser_1012145.html

- http://www.marianne2.fr/Les-hommes-battus-ca-existe-aussi_a213014.html

- http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-hommes-battus-reagissent-comme-les-femmes-violentees_1013309.html

- http://www.liberation.fr/livres/01012319009-femmes-battantes

- http://www.causeur.fr/concurrents-victimaires-prets-partez,13541

- http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Cambrai/actualite/Cambrai/2012/02/18/article_les-hommes-ne-sont-pas-les-seuls-auteurs.shtml

 

Article canadien

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201111/09/01-4466159-deux-yeux-ouverts-sur-la-violence-conjugale.php

- http://www.liberation.fr/monde/0101651074-les-balkans-decouvrent-leurs-hommes-battus

 

Discussion sur un forum

- http://forum.doctissimo.fr/psychologie/violences-conjugales/battus-realite-feminismes-sujet_3928_1.htm

 

Vidéo sur les hommes battus

- http://www.dailymotion.com/video/x4e679_les-hommes-battus_news

- http://www.rfi.fr/emission/20100923-hommes-battus

 

L'association SOS Hommes Battus

- http://soshommesbattus.over-blog.com/

 

 

 

Article paru sur le site du journal La Croix le 22 08 2010

 

Après les coups, la honte. Du haut de ses 44 ans, Olivier n'évoque son passé de victime que depuis peu. Le simple fait d'avoir accepté, pendant deux ans, insultes et violence de la part de son épouse l'a longtemps plongé dans le désarroi. « Tout a commencé de manière anodine en 2006, par des vannes, des railleries », précise-t-il, comme pour mieux justifier le déni dans lequel il s'est ensuite enferré.

De plus en plus dénigré, il s'est trouvé désemparé face aux premiers accès de violence de son épouse. « J'encaissais les coups de pied, les coups dans le dos, entre les jambes, mais comme tout cela faisait suite à la naissance de nos deux enfants, je le mettais sur le compte des hormones, sur le manque de réalisation professionnelle de ma femme aussi. J'attendais que ça passe. » Jusqu'au déclic. « Après trois semaines d'hospitalisation pour un grave problème cardiaque, ma femme m'a lancé que "j'aurais mieux fait de crever". Là, j'ai ouvert les yeux. »

110 000 hommes victimes de violence conjugale en 2008

Si les hommes restent encore très frileux à l'idée d'évoquer ce que peut leur faire endurer leur épouse, certains chiffres parlent d'eux-mêmes. Ainsi, en 2008, pas moins de 110 000 hommes ont été victimes de violence conjugale selon l'Observatoire national de la délinquance (OND), un chiffre élevé même s'il reste trois fois moins important que celui visant les victimes féminines. Cette même année, 157 d'entre elles sont décédées sous les coups de leur conjoint.

Ce qu'on sait moins, c'est que 27 hommes sont décédés dans des circonstances similaires, un chiffre stable par rapport à l'année précédente. « C'est vrai qu'un homme qui meurt tous les quinze jours, c'est beaucoup… mais nous sommes réticents à communiquer autour de ces cas, car cela renverrait dos à dos les deux sexes », reconnaît une travailleuse sociale.

« Or, les violences viennent ultra-majoritairement des hommes quand même. D'ailleurs, les conjoints violentés ne se pressent pas pour témoigner… », poursuit-elle. Pas de quoi pour autant en conclure que les cas sont rares : les enquêtes de l'OND - réalisées anonymement - montrent que seuls 5 % des époux violentés portent plainte.

« Mes amis sont restés muets »

Cette honte à verbaliser ses déboires, le psychologue Yvon Dallaire (1) l'analyse ainsi : « Les femmes battues rencontrent beaucoup de difficultés à témoigner mais, une fois ce cap passé, la société les plaint et leur vient en aide. À l'inverse, l'homme battu perd, au moment où il se confie, son identité de "mâle". Pour le dire vite, la femme gagne un statut de victime au moment où elle porte plainte, alors que le conjoint battu perd, lui, son statut d'homme viril. »

Que sait-on de ces hommes ? D'abord qu'ils appartiennent à toutes les franges de la population. Ensuite, qu'ils essuient souvent des attaques verbales, avant de subir les coups. « Une fois les violences physiques enclenchées, ces hommes en arrivent parfois à subir des actes d'une rare intensité… le tout sans se révolter. Il faut dire qu'on inculque bêtement aux petits garçons qu'il faut encaisser les coups sans pleurer. »

C'est cette spirale dans laquelle s'est trouvé pris Dominique, 50 ans. « Après mon mariage, il y a une dizaine d'années, je me suis lentement soumis à tout ce que ma femme m'imposait : insultes, griffures, menaces au couteau. À plusieurs reprises je me suis réfugié chez des amis, qui me voyaient débarquer la chemise toute déchirée. Un jour, mon épouse m'a même poussé dans l'escalier devant témoin. »

Ce Clermontois explique simplement son déni : « J'aurais dû être lucide, mais ma femme était étrangère et avait vingt ans de moins que moi, j'étais convaincu qu'il lui fallait un temps d'adaptation… » Redevenu célibataire, il garde un goût amer des coups encaissés, mais aussi de la passivité de ses proches. « Personne ne m'a conseillé de me plaindre aux services sociaux ou à la police. Mes amis sont restés muets comme si, à leurs yeux, un homme n'était pas une victime à part entière. »

Les hommes battus s'organisent

Le dépôt de plainte reste sans doute son pire souvenir. « Un soir, j'ai couru à la gendarmerie pour déposer une main courante, mais aussi pour me protéger, raconte Dominique. Eh bien, les gendarmes m'ont reçu sur le perron en me faisant comprendre qu'il ne servait à rien d'entrer au commissariat, qu'une plainte serait déplacée. Quant à l'assistante sociale que j'ai rencontrée quelques jours plus tard, elle a eu du mal à se retenir de rire en écoutant mes déboires. »

Même mésaventure pour Olivier : « J'ai expliqué aux policiers que lorsque je me prenais des coups, j'allais occuper un autre appartement que nous possédions dans l'immeuble et j'ai bien compris que, pour eux, cela s'apparentait à un abandon de domicile conjugal… ça m'a écoeuré. »

Encore peu entendus pour l'heure, les hommes battus s'organisent. L'association française SOS Hommes battus a récemment vu le jour. En Allemagne, en Suisse, aux États-Unis, des centres d'accueil se sont spécialisés dans leur prise en charge. « Ces centres n'existent pas en France, on a déjà trop peu de moyens pour accueillir toutes les femmes… », explique Alain Legrand, président de la Fédération nationale des associations et des centres de prise en charge d'auteurs de violences conjugales et familiales (Fnacav).

Cela n'empêche pas de modestes avancées, ici et là. La petite association Entre femmes, à Denain (Nord), a décidé de faire une entorse à ses règles et d'accueillir au sein de ses groupes de parole des hommes victimes de violences, et plus seulement les femmes battues. « On sait que certains d'entre eux sont humiliés au quotidien et que, en plus, leur souffrance est ignorée, explique Houria Selama, la présidente de l'association. C'est quand même la moindre des choses que de les écouter. »

   

Marie BOËTON
(1) Auteur de La Violence faite aux hommes : Une réalité taboue et complexe, Éd. Option Santé, 2003.

 

 

Commenter cet article

Séquelles 07/05/2012 00:13

Je suis tout a fait d'accord avec cet article. Luttons côte à côte contre toutes formes de violence pour que les relations humaines soient sous le signe du respect.

josick d'esprit agricole 26/11/2011 10:28

On peut supposer que l'enjeu n'est pas la justice mais l'écrasement de tout ce qui a à voir avec la véritable autonomie individuel et ce qui va avec, le patrimoine...
Pater, patrie... Tout ce qui relève de cet aspect doit être passé à la trappe.